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Retraité versus non-retraité : valeurs inégales
Nous voyons de plus en plus de couples où les deux conjoints
travaillent et détiennent chacun régime de retraite,
et il est facile de tomber dans le piège des valeurs actuarielles
lors d’une séparation…
Effectivement, lorsque les parties demandent à leur employeur
de leur fournir la valeur des droits acquis dans leur fonds de pension,
l’administrateur produit un rapport qui ventile les droits
partageables selon la législation s’appliquant (Québec,
fédéral etc…)
Si le régime en est un à cotisations déterminées,
le calcul est simple : la valeur est composée des cotisations
de l’employé et celles de l’employeur. C’est
une valeur marchande comme un REER et il n’y a pas de calculs
actuariels à effectuer.
Si le régime est à prestations déterminées,
la valeur représente le montant qui doit être mis de
côté aujourd’hui pour assurer une rente annuelle
de retraite au participant. Donc cette valeur est contingente de
l’âge, des taux d’intérêt, du sexe,
de l’indexation et d’autres facteurs qui varient selon
le régime. Un autre des critères qui influence beaucoup
la valeur est le statut d’actif ou de retraité.
Plusieurs régimes au Québec sont à prestations
déterminées et la valeur est déterminée
par les actuaires de l’employeur (ou indépendant si
fédéral). En règle générale,
il est opportun de partager la valeur telle que calculée
par l’administrateur. Par contre, lorsque le participant est
à quelques années de sa retraite, il faut souvent
évaluer la situation de son fonds de pension sous un autre
œil car la valeur sous-estime parfois les revenus que le futur
retraité recevra.
L’explication de ce phénomène réside
dans le fait que l’employeur suppose souvent que le participant
débutera sa rente à 65 ans, alors que dans les faits
il la prendra probablement plus tôt .
Prenons
le cas de Gonzague qui a 53 ans, il prévoit prendre sa retraite
à 55 ans avec une rente de 30,000$ / année. Il demande
à son employeur sa valeur accumulée pendant le mariage
: l’employeur assumera qu’il prendra sa retraite à
65 ans. Les hommes ont une espérance de vie d’environ
80 ans, donc on suppose qu’il recevra sa rente pendant 15
ans (de 65 à 80 ans) alors que dans les faits il la recevra
pendant 25 ans (de 55 à 65 ans).
La valeur que l’employeur calculera sera de l’ordre
de 150,000$ (montant qu’il faut mettre de côté
pour lui payer sa rente de 65 à 80 ans i.e. 15 ans de paiements).
Mais en réalité, il prendra sa retraite à 55
ans et la valeur de 25 ans de paiements représente plutôt
320,000$, ce qui est logique puisqu’il recevra 10 paiements
annuels de plus que le scénario utilisé par l’employeur.
Il va sans dire que si Gonzague partage la valeur de 150,000$,
son épouse Claudette sera largement lésée car
elle ne recevra que 75,000$ qui lui procurera une rente d’environ
5,000$ / année, alors que Gonzague se retrouvera avec une
rente résiduelle d’environ 23,000$ / année.
La
situation est similaire lorsque les conjoints ont chacun régime
de retraite. Supposons que Claudette possède également
un fonds de pension, qu’elle soit retraitée au moment
de la rupture du mariage, et qu’elle touche une rente de 30,000$
/ année. On comprend que la valeur actuarielle de sa rente
est de l’ordre de 350,000$ (vu qu'elle est retraitée),
mais que celle de Gonzague n’est que de 150,000$ étant
donné qu'il est toujours actif.
Qu’arrive-t-il si l’on sépare les régimes
sans se soucier de l’impact d’un tel partage? Claudette
doit 100,000$ à Gonzague (en supposant qu’il garde
son régime à lui intact), donc la rente de Claudette
sera coupée de 8,000$ / année et elle ne recevra plus
que 22,000$ / année. De son côté, Gonzague s’achètera
une rente de 10,000$ / année avec le 100,000$ de Claudette
et recevra sa rente de 30,000$ / année, pour un total de
40,000$ / année.
Résumons
la situation : les deux parties ont exactement le même fonds
de pension, même rente à l’exception que Claudette
est déjà retraitée. Leurs valeurs sont complètement
différentes en apparence, mais le partage qui en résulterait
serait inéquitable :
Rente de Claudette après partage : 22,000$
/ année
Rente de Gonzague après partage : 40,000$
/ année
Il faut donc demeurer très alerte lorsque l’on partage
les régimes de retraite, surtout lorsque les conjoints approchent
l’âge de la retraite. La valeur du régime d'un
participant peut doubler ou tripler le matin de la retraite...


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